RENCONTRES VERRIERES TRANSFRONTALIERES DES ALBERES 2016









Présentation par Roger Barrié


QUESTIONNEMENTS SUR LE VERRE

                                                               L'affiche réalisée par le Musée du verre de Peralada pour ces rencontres des 23 et 24 septembre 2016 porte comme titre "El vidre es el protagonista". En effet, nous sommes là pour l'interroger, formuler des problématiques et faire le point dans trois domaines de l'activité verrière.

LES HOMMES
                     Deux caractéristiques concernent les hommes qui travaillent dans les métiers du verre. D'abord la spécialisation fonctionnelle des diverses activités et même au sein de chaque métier. Le verrier avec ses divers aides et compagnons, praticiens de la fusion du verre, mais aussi les vitrailistes, véritables artistes peintres; les marchands de matériaux primaires ou secondaires; les commerçants de produits finis diffusés en  diverses boutiques ou par exportation. Denis Fontaine les a rencontrés dans les textes d'archives dès le Moyen Age.  L'autre caractéristique est la circulation des artistes et artisans dans l'Europe médiévale qui véhiculent ainsi les savoir-faire et des formes : un verrier d'Arras en Catalogne, les échanges entre celle-ci et le Languedoc ou la Provence, les italiens de Venise ou de Ligurie partout, jusqu'en Bretagne au XVII° siècle; cette circulation constante des artistes et artisans affecte d'ailleurs tous les métiers d'art tel un échange vivifiant et productif mais qui rend difficile parfois l'identification précise d'une production localisée comme le montre Miquel Angel Capella pour les Baléares.

LA TECHNIQUE
                     Cette question se décline en trois points précis :
-  les lieux du travail, les verreries sur le territoire dépendent de plusieurs facteurs matériels dont le plus récurrent est la fourniture de bois même si on rencontre dès le XIV° siècle des verreries en milieu suburbain; en fait, on constate comme cela a été montré (Cf. M. Camiade et D. Fontaine, "Verreries, verriers catalans", 2006) un véritable maillage du territoire; ce phénomène n'est pas rare avant l'ère industrielle, comme par exemple pour les moulins; ce qui est nouveau c'est de découvrir que cette activité, que l'on croyait anecdotique, concerne à date ancienne tout l'espace transfrontalier des Albères.
-  la fusion et le soufflage relèvent de savoirs techniques complexes et évolutifs comme l'indique l'apport de la salicorne pour améliorer la fusibilité de la matérière; l'approche archéologique révèle les fours encore en place sur ce territoire et leurs fonctionnements techniques illustrés par l'exposé précis de Jordi Mach .
-  enfin les outils de ce travail : cannes, pontils, ciseaux perceptibles dans les déchets d'ateliers et surtout abondantes traces archéologiques de creusets et de briques vitrifiés par la chaleur du four.

LA PRODUCTION D'OBJETS
                          Le soufflage du verre creux (par opposition au vitrail qui est fait de verre plat) selon des modèles référents, traditionnels ou nouveaux, aboutit à des formes artistiques souvent très spécifiques d'un ensemble territorial comme en présente avec abondance le musée de Peralada, par exemple les cruches de mariage ou les extraordinaires almoratxas (vase à parfum)  des XVII et XVIII° siècles. On peut constater, ici comme ailleurs dans la production artistique, la permanence et l'évolution des formes même dans la longue durée : la lampe de sanctuaire du XV° siècle trouvée dans les fouilles du couvent des Dominicains à Perpignan est inspirée des lampes de mosquée fabriquées dès le X° siècle, elles-mêmes procédant de la lampe domestique de l'Antiquité. A chaque fois l'objet en verre, quotidien ou exceptionnel, renvoie, par sa forme et son usage, à une société et à ses choix esthètiques comme l'explique Ignasi Domenech à partir du matériel riche et homogène issu des fouilles du Born à Barcelone.

Enfin, il y a  un quatrième domaine à interroger, celui de la POETIQUE DU VERRE, poétique entendue comme un système de fabrication du beau et de l'émotion.
                                 Cette poétique est fondée sur le merveilleux de la lumière qui peut être considérée de deux manières : la lumière naturelle, statique, celle qu'on  voit traversant le verre et illuminant le vitrail; mais surtout la lumière provenant du feu telle que la produit la fusion, et qui, en dynamisant la matière,  réveille la chimie des couleurs. C'est cette poétique là qui est source de fascination dans le travail du verrier. Pour évoquer des forces telluriques, Arthur Rimbaud  ("Le Bateau ivre") recourt à cette poétique de la fusion  et des couleurs :


" J'ai révé la nuit verte aux neiges éblouies...
  La circulation des sèves inouies
  Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs."




CONFERENCE de Denis  Fontaine



































                                                                                                   
CONFERENCE de Jordi Mach