- UNIVERSITE POPULAIRE DU VERRE 2020,   cycle II











-  RENCONTRES VERRIERES TRANSFRONTALIERES des ALBERES  2019 






- Les communications de Mmes Danièle FOY et d'Isabelle COMMANDRE trouvent leurs sources  dans les publications de leurs  recherches dont vous pouvez consulter le texte in extenso

 ici-même dans  la rubrique  DOCUMENTATION,                                                                                                         sous-rubrique ETUDES et COMPTES RENDUS.





-" Le verre à la table du castrum / château royal de Collioure (Ve-XVIe siècle)"

   par Jordi MACH et Inès PACTAT
   Avec la collaboration d'Olivier Passarrius et Jérôme Bénézet




Le château de Collioure est installé sur une colline dominant la mer qui a vu se succéder diverses occupations humaines, depuis la fin de l'Âge du Fer, il y a plus de deux mille ans. Après un hiatus pour la période romaine, un castrum est installé sur la hauteur durant l'Antiquité tardive. Sur les ruines de cette première fortification, un village est aménagé au Moyen-Âge, autour d'un château dont le coeur actuel remonte à l'époque du royaume de Majorque (XIII° siècle). Il a été conservé malgré les réaménagements modernes, inspirés par la volonté de Vauban de transformer la place en citadelle bastionnée.

En lien avec des creusements liés à l'enfouissement de réseaux, des fouilles préventives ont été réalisées en 2016-2017 sur l'ensemble des zones non bâties du château. La place d'armes a ainsi livré de rares vestiges de la ville haute médiévale, installée sur les niveau d'habitat de la fin de l'Antiquité, très remaniés. Dans le sous-sol de la cour d'honneur, des structures bâties imposantes sont probablement en lien avec le castrum tardo-antique. Enfin, un sondage réalisé à l'angle sud-est de la place d'armes, devant l'entrée de la cour d'honneur, a permis de révéler le comblement du fossé médiéval du château, creusé probablement au XIVe siècle, et rempli de déchets domestiques (céramiques, verres, restes de repas, etc.) dans le courant des XVe-XVIe siècles.


Le verre en lien avec l'occupation tardo-antique du castrum est bien représenté sur le site, mais il est très fragmentaire. 146 objets en verre ont été identifiés par Inès Pactat. Les verres à tige creuse et pied refoulé, datés des VIe-VIIe siècles, sont les plus représentés (fig. 1). Les vases à bord coupé à froid du Ve siècle et les verres à tige pleine du VIIe siècle sont presque absents, on peut donc supposer que le castrum a été essentiellement occupé entre la fin du Ve siècle et le milieu du VIIe siècle, en attendant l'étude de la céramique. La présence de petits blocs de verre brut témoigne de l'existence à Collioure, comme à Port-Vendres, d'un commerce du verre ultramarin.

Pour la période médiévale, l'arasement important de la place d'armes, lié aux aménagements postérieurs de l'époque moderne, n'a pas permis une bonne conservation des structures, et donc du mobilier en verre associé. Heureusement, le comblement du silo 1096, daté de la première moitié du XIVe siècle, a livré un petit lot de verre de grande qualité, typique de la vaisselle fine et incolore produite à cette époque. Les pièces les mieux conservées sont deux gobelets sans pied à décor moulé, l'un à pastilles en relief, l'autre à côtes et filet bleu cobalt rapporté sur la lèvre (fig. 2).


C'est le comblement du fossé du château qui est le plus intéressant au vu de la quantité et de la qualité des objets mis au jour. L'étude des 262 verres reconnaissables, réalisée avant celle de la céramique, et appuyée par la numismatique, a permis de proposer un regroupement des niveaux archéologiques déposés dans le fossé en six ensembles chronologiques, étalés entre le début du XIVe siècle et la fin du XVIe siècle. Pour le XVIe siècle, le verre est suffisamment abondant pour nous donner une bonne image de la place qu'il occupait à la table du château.

Les verres à boire sont bien représentés, et montrent l'évolution des formes entre la fin du XVe siècle, où dominent encore les gobelets sans pied, à décor de côtes moulées très saillantes, et le XVIe siècle, quand les verres à pied, souvent ornés de filets rapportés blanc opaque (lattimo), deviennent la norme (fig. 3). À la fin de ce siècle, les pieds s'élancent pour laisser apparaître les premiers verres à jambe balustre.
Pourtant, contrairement à d'autres sites de référence, les verres à boire ne dominent pas de façon écrasante les autres catégories fonctionnelles. Les verres de stockage et de service des liquides (fioles, bouteilles, burettes) sont également très bien représentés. Les fioles en verre fin, au goulot très souvent orné de côtes moulées et/ou de filets de lattimo, étaient sans doute utilisées à la table du château pour le service du vin (fig. 4). Mais c'est surtout la présence récurrente de quelques récipients de présentation et de service des aliments en verre de grande qualité qui surprend, et fait tout l'intérêt de cette collection. Les grandes coupes et plats en verre incolore, avec ou sans pied, de tradition vénitienne, voisinent avec des pièces plus colorées, coupelle à pied en verre bleu sarcelle ou assiette rouge opaque à bandes de lattimo (fig. 5). Beaucoup de ces pièces sont en effet très rarement, voire jamais attestées en contexte archéologique, et les seuls exemplaires de comparaison ont été préservés par les collectionneurs d'objets d'art (fig. 6).


L'étude du verre découvert dans le château de Collioure, encore en cours, permettra de compléter les connaissances sur le verre en usage en Roussillon entre la fin de l'Antiquité et le Moyen-Âge. Mais c'est surtout pour le début de la période moderne, avec les verres du XVIe siècle découverts dans le comblement du fossé, que son apport à la recherche sera déterminant, avec une collection qui fera référence pour l'ensemble du Midi de la France et de la Catalogne.