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 l'exposition "CREATEURS  pour la  TABLE"
organisée du 3 au 12 mai 2019 par Albères Verrières




















UNIVERSITE  POPULAIRE  DU  VERRE 2019






15 février, F. Brilliard                   22 février, D. Foy


                       1er mars, R. Barrié                            15 mars , S. Krikorian
                             


                                                        5 avril, M. Pérez-Samper

RENCONTRES VERRIERES TRANSFRONTALIERES DES ALBERES 2018





Le porro dans l'univers de Joseph-Sébastien Pons 

par Marie Susplugas Andréa

avec la collaboration de Roger Barrié

                   L’écrivain J.-S. Pons (Ille-sur-Têt, 1886 – 1962) a pris le porro comme motif de quatre aquarelles dont l’une fut datée entre 1956 et 1960, par sa fille. En parallèle à son activité littéraire, Pons a pratiqué la technique de l’aquarelle régulièrement mais sans aucun projet d’exposition, tel un exercice intime recourant à un mode d’expression artistique autre que l’écriture. Cette activité inédite a produit de nombreux carnets qui, à sa mort, furent dépeçés selon des critères personnels : plusieurs centaines de feuillets détachés constituent alors des collections réparties à ce jour entre les héritiers.






                   Les quatre aquarelles au porro peuvent être groupées par deux en raison de leurs iconographies : deux présentent un porro roussillonnais (col droit et collerette, corps globulaire et long bec verseur) posé devant un paysage encadré, mis en abîme , le tout constituant une nature morte improvisée comme si Pons avait réuni, dans une mise en scène hâtive sur une table, le porro rempli d’eau dans lequel il mettait parfois une fleur, le cadre qui évoque peu-être un profil des Albères et une pierre comme celles qu’il disposait sur son bureau.
En revanche , les deux autres aquarelles montrent des objets in situ, posés à même l’étagère haute de sa bibliothèque dont un montant vertical arrondi apparaît à droite dans l’une d’elles ; le même porro que précédemment est accompagné de pots anciens, en céramique de Talavera de la Reina (province de Tolède), ramenés des voyages de l’hispaniste que fut Pons durant sa vie de professeur à l’université de Toulouse. Le statut du porro est plastique, décoratif, non utilitaire. Pourtant le poète aurait pu s’en servir au cours des nombreuses parties de campagne depuis les années 30, avec ses amis, avec Aristide Maillol, réunions hédonistes qui révèlent un art de vivre tourné vers l’échange artistique et la création (Cf. "A. Maillol, H. Frère, J.-S. Pons, Une Arcadie catalane", Musée d'art moderne, Céret, 2016). Quant à l’oeuvre littéraire de Pons, elle n’est guère plus prolixe sur le porro sauf quelques mentions poétiques d’un porro de grenache (1908), ou des remarques sur l’objet comme témoignage de « l’ingéniosité » de fabrication (1913) des catalans et de leurs habitudes comportementales (1923) –  [ remerciements à Miquela Valls pour ces références] . Le porro y demeure comme un marqueur ethnographique.

                    La composition des quatre aquarelles est organisée sur la position centrale du porro : il intrigue par ses formes abstraites en opposition aux autres objets, plus pittoresques ou artistiques que caresse le regard de l’écrivain. Le traitement stylistique de ces 4 œuvres indique une recherche entre un rendu descriptif, au réalisme presque amusé, et une stylisation vigoureuse; celle-ci est obtenue par  des hachures noires à la mine de plomb afin de faire surgir les ombres portées et aussi par le trait de peinture brun foncé dessinant une silhouette bien détachée comme dans le porro sur l’étagère, sans que l’on puisse dire laquelle de ces deux manières est antérieure ou postérieure à l’autre. A. Maillol, à qui Pons avait montré diverses aquarelles, avait compris que, au de-là de quelques maladresses d’exécution, la démarche personnelle du poète relevait d’une attention soutenue à la réalité du monde sensible :  "Vous avez l’oeil fin...l’accent de nature y est… " ( In Henri Frère, "Conversation de Maillol ", Genève, 1966, p. 189 ).

                   En fait, dans son univers poétique alimenté par un regard aimant sur la nature et les êtres, de type franciscain, l’aquarelle est un outil de la contemplation et initie un processus de méditation. Le porro par sa forme étrange, hors nature, y prend place en contrepoint. Alors que nous avions vu que chez Matisse, à Collioure en 1906, le porro est porteur d’exotisme (Voir Rencontres Verrières 2017), chez Pons, ce même porro sert de support à un questionnement esthétique entre, d’une part, la représentation savoureuse de la réalité, accompagnée de l’émotion qui en procède, et, d’autre part, l’abstraction des formes étranges de l’objet fabriqué en verre, si proche et si lointain du quotidien.




Les "porrons" dans les apothicaireries de Perpignan au XVII° siècle


par Denis Fontaine (Archives départementales des Pyrénées-Orientales)



                    La découverte de mentions de porrons dans l’inventaire après décès de Miquel Garriga, apothicaire de Perpignan, daté de 1631 (Cf. documentation), nous a incité à approfondir la question de l'utilisation de ce type de récipient en verre comme contenant pharmaceutique au XVIIe siècle.

Documentation : Mention de" l'armoire des huiles", dans l'inventaire de la boutique de Miquel Garriga," pleine de bouteilles de porrons" dont "un porro avec 6 onces d'huile d'amandes douces"      (ADPO, 3E1/3952).


Cet usage est par ailleurs attesté en Catalogne du sud dès le Moyen Âge, comme en témoigne une pièce conservée au monastère de Poblet ( Voir Jaume Barrachina, Rencontres verrières de 2017).

                    L'historien Jean-Pierre Bénézet a montré combien ces inventaires de boutiques, dressés après le décès d'un apothicaire ou à l'occasion d'un contrat d'exploitation, étaient importants pour l'histoire de la pharmacie. L'officine apparaît comme divisée en trois espaces : le comptoir destiné à la vente, les étagères et les armoires pour le stockage et la présentation des produits, et l’arrière-boutique servant à la fois de réserve et d’atelier. Les produits (simples et médicaments composés) sont conservés dans des contenants différents : boîtes en bois de forme ronde ou carrée, pots en céramique, bouteilles et pots en verre. Le choix de la matière suit des règles de la pharmacopée pouvant remonter à l'Antiquité. Ainsi, selon les préceptes d'Hippocrate, les sucs et les matières liquides et coulantes sont conservées dans du verre. Certains contenants anciens sont visibles au Musée de Llivia (Cerdagne espagnole), tels que des boites en bois peint ou des pots en céramique émaillée bleus et blancs de type albarel; ce musée conserve également deux  étagères à cordiaux, ornées de décors baroques et attribuées aux sculpteurs Pau et Josep Sunyer. L'ensemble de ces pièces proviennent des pharmacies Esteve, de Llivia, et Martí, de Puigcerdà. A Saint-Lizier, dans le département de l'Ariège, l'Hôtel-Dieu possède encore une armoire à pharmacie, du XVIII° siècle dans laquelle figurent deux porros de verre       
 (Cf. Illustration).

                    L'analyse de quelques 20 inventaires de boutiques perpignanaises a montré que les contenants en verre servaient au conditionnement des huiles, des eaux distillées, des sirops, des poudres, des confits, des fruits secs, voire des biscuits. Ce sont différents types de bouteilles pour les matières liquides, et des pots pour les poudres et les autres produits solides ou élaborés, comme dans le cordialer de Llivia. Le porró est utilisé spécifiquement pour des huiles d'origine végétale (amande, rose, millepertuis, etc) ou animale (vers, cigales, renard), de même qu'un autre récipient appelé pom en catalan. La différence entre ces deux contenants n'a pu être établie. Il est d'ailleurs possible qu'il s'agisse de termes synonymes, mêmes s'ils ne sont jamais cités ensemble dans les documents. Les recherches en cours permettront, nous l'espérons, d'éclaircir ce dernier point et de préciser les caractériques de ces porrons du XVIIe siècle (formes, capacités) pour lesquels nous n'avons aucune représentation figurée. Étaient-ils par exemple comparables au douze «grandes bouteilles dites porrons » du contrat d’affermage de la verrerie de l’Avellanosa à Laroque-des-Albères, daté de 1673 ? La mention de porrons dans l'inventaire de la boutique de Miquel Garriga  en 1631 reste encore à ce jour la plus ancienne qui ait été trouvée.

Illustration : Armoire avec différents contenants en verre, dont deux porros, Hôtel-Dieu de Saint-Lizier, Ariège (cl. 2018 D.Fontaine).




Comment fabrique-t-on un porro ?

par François Brilliard, verrier                                                                                                               

(Cl. 2018  F. Brilliard)

Soufflage d'une bouteille dont le col peut être tordu, ou non.



Apport de verre en fusion sur la panse.



Formation d'un hublot en soufflant dans la bouteille.



Etirage du hublot en forme de corne.


Finition à chaud


Au lieu de souffler dans la bouteille pour tirer une corne, on peut aspirer : le hublot devient une poche.
Carafe avec poche à glace


Plusieurs verriers expérimentés  peuvent tirer simultanément plusieurs cornes pour confectionner un vase à parfum, l'almoratxa








Les verres traditionnels dans les collections de la Casa Pairal à Perpignan

par Cédrik Blanch    

( Cl. 2018 Casa Pairal)

Porros











Lampes  à huile dites provençales

Bougeoirs
Fioles et carafes

Huiliers et burettes






Bouteilles attrape-mouche
Coupe
Entonnoir
Ventouses
Cruches catalanes

Porte-huilier
Verres
Bouteilles de la Sainte Tombe (Arles-sur-Tech)
Divers contenants

Bouteilles et flacons à liqueur

Almoratxas