RENCONTRES VERRIERES

                                                          Depuis 2016, les RENCONTRES VERRIERES TRANSFRONTALIERES DES ALBERES, organisées annuellement  par l'association en collaboration avec le musée du verre au château de Peralada (Figueras) et avec le soutien du Conseil Départemental des Pyrénées-Orientales, sont l'occasion de faire connaître les acquis scientifiques fournis par les fouilles archéologiques, la recherche historique et l'étude de diverses collections de verre dont celle de Peralada est une des plus importantes en Europe.

                                                          Nous présentons ci-dessous les contenus de ces communications groupés de manière thématique, à travers des textes inédits, des résumés et notes, quant aux textes publiés ailleurs, ils sont reproduits in extenso dans la rubrique Documentation, Etudes :

                                - Le Porro

                                - Territoires verriers, Productions verrières

                                - Collections


                                                           En créant ce site ouvert à tous, Albères Verrières souhaite contribuer à la diffusion d'un savoir pertinent sur l'histoire territoriale du verre. Tous les textes, toutes les références et illustrations proposés à la consultation et au partage dans cet espace sont protégés par le code de la propriété intellectuelle et notamment par la législation et la réglementation du droit d'auteur.
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Les programmes des Rencontres Verrières  2016 - 2019





 












  





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LE  PORRO

ETUDES et MONOGRAPHIES


QUESTIONS DE TYPOLOGIES ET D'ICONOLOGIE

par Roger Barrié  (2017).


                       
                                                  Considérons d’abord le MOT avant de s’intéresser à la chose. Encore aujourd’hui, l’étymologie du substantif porro reste très incertaine. Depuis le XIX° siècle les propositions n’ont pas manqué : origines latine (vase à boire), celtique (treille), arabe (cruche), catalane (poireau) ; et en 1992, le dictionnaire de l’Académie Royale Espagnole finit par avouer : "étymologie inconnue" ; la dernière trouvaille, au début du XXI° siècle, figure dans un savant et sérieux dictionnaire de gascon qui invoque un mot gaulois, procédant du latin et désignant la forme d’un oiseau.
                   Quant à la définition du mot, elle a suivi le développement de l’usage de la CHOSE. Il ne serait pas impossible que, dès le Moyen Age, il s’agisse d’un instrument de petite taille, comme celui conservé au musée monastique de l'abbaye de Poblet, probablement utilisé dans l’apothicairerie en tant que compte-gouttes ou doseur de liquides pharmaceutiques et signalé comme tel par Jaime Barrachina, conservateur du musée du verre au château de Peralada.


 En fait, la première mention dans le dictionnaire de l’Académie Royale Espagnole date de 1737 et  désigne un récipient en terre contenant de l’eau ; mais au cours du XIX° siècle apparaissent les mentions du verre, du vin et du bec verseur.  
                    Une découverte inédite, faite récemment par D. Fontaine dans les fonds des Archives départementales des Pyrénées-Orientales, révèle la mention de porros  dans un document de 1673 concernant une verrerie de Laroque-des-Albères, ce qui indique que l’objet ainsi désigné est alors proposé à la consommation courante.
                     Par ailleurs, les dérives sémantiques témoignent de la vie du mot ici et ailleurs (mesure de 0,94 l. à Barcelone, bouteille de bière en Argentine, euphémisme pour l’urinoir dans des contrées valenciennes...).

                                                      Pour aborder la chose, c’est-à-dire l’OBJET même, nous avons examiné la collection GM, composée de plus d’une cinquantaine de porros et réunie par un collectionneur français à partir d’achats aléatoires, sans datations ni origines connues. La typologie des formes repose sur deux critères principaux (le profil du goulot et le profil de la panse du récipient) et sur un critère secondaire (le traitement de l’embouchure du goulot). Après comptage et classement, on obtient trois types assez bien caractérisés.
                       Le premier type est constitué de porros possédant un goulot droit, avec embouchure évasée en collerette, et une panse dont le profil est marqué par des épaules, donc de forme globulaire ; le collectionneur propose de localiser ce type en Roussillon et Sud de France. 










Le second type possède toujours un goulot droit mais avec une embouchure marquée par un ruban de verre faisant collier ; le profil de la panse est lissé, donnant une forme triangulaire à l’objet ; la localisation proposée serait la Catalogne.









Enfin, le troisième type est plus commun et a connu une fabrication industrielle compte tenu de sa large diffusion en Espagne ( l’Aragon, La Rioja et d’autres régions) : il s’agit du porro à goulot courbe, sans traitement de l’embouchure, et à panse triangulaire, à profil lissé.








                          Cependant, pour pratique que soit cette classification formelle, la datation des objets n’est pas prise en compte, ce qui ne permet pas de faire une chronologie, par ailleurs fort difficile à cause de la permanence des formes d’un siècle à l’autre et en raison aussi des usages très spécifiques que l'on peut illustrer par trois exemples en séries :
   -  D'abord, la confection de porros miniatures utilisés comme jouet pour enfant . 







   -  Ensuite,  les porros populaires avec une très large base en vue du transport et même gainée de corde pour l’utilisation en bateau (musée de la pêche à Palamos).

   - Enfin  les porros de luxe, comme ceux du XVIII° siècle soufflés en Catalogne, avec panse et embouchure ornées   (musée du vin du château de Peralada),



 ou avec socle bien détaché pour poser le récipient sur la table (musée historique de San Feliu de Guixols),

  
ou bien encore porro entièrement recouvert d'un décor dit à latticini, filigranne intégré dans la masse,  inspiré par la fabrication vénitienne (porro de la vente publique de 2007 à l'Hôtel Drouot à Paris).


Cette typologie formelle (long bec verseur, col étiré terminé par une collerette, panse sans épaules, fond rentré), qu'il s'agisse du porro populaire ou de luxe, est bien fixée au cours du XVIII° siècle comme en témoigne le porro entouré d'une inscription ( ANY / 1801 / FPANSYSCO /  VYVES ) et figuré au milieu d'un cartouche gravé sur le linteau de l'ancien four à verre de Senan, dans la province de Tarragone, commarque de Conca de Barbera; le fonctionnement de ce four est assuré par la famille Vivès depuis 1719 (Cf. Ernestina Vallverdu, in Cultura i Paisatge, n° 7, 2013, p. 30).





                            Pour affiner la connaissance de cet objet, il conviendra de croiser diverses typologies  de forme, de date, d’usage et de localisation à partir d'un recensement et de diverses documentations, archivistiques et ethnographiques.


                                                                   L’analyse iconologique permet d’approcher les significations sociales et culturelles ; ici encore le sujet mériterait une investigation d’ampleur à travers les modes d’expression artistiques. Au fil de la peinture de genre de José Benlliure i Gill (Valence 1855 - 1937) le porro est figuré dans plus d’une dizaine de tableaux qui exposent les thèmes du quotidien social au moyen de la représentation des habitudes et des mœurs populaires (les paysans, les jardiniers, les soldats…) parfois même dans une mise en scène historiciste (la taverne au XVII° siècle) . Le tableau « Palique y trajo », peint vers 1878 et conservé au musée du Prado, présente des paysans agés et fatigués autour d’une table de taverne : le porro, du type valencien très particulier (goulot droit, embouchure évasée, panse à épaules, bec verseur court et courbé), à demi rempli de vin et posé au sol, occupe le centre bas de la toile.



 Dans ce tableau comme dans les autres oeuvres,  toutes les figurations du porro chez Benlliure obéissent aux mêmes caractéristiques iconographiques ; elles signalent une place privilégiée dans la composition et induisent une construction centrée sur l’objet.






De plus, la facture picturale de « Palique... » ne laisse place à aucune stridence malgré l’abondance des détails pittoresques qui baignent dans une lumière poussiéreuse et dorée : le porro y est le seul élément transparent et verdâtre autour de la masse sombre du vin rouge. La place dans la composition et le traitement stylistique de l’objet, comme dans le superbe « Hortola » où le personnage tend au spectateur le même porro au milieu du tableau,



confèrent au porro une fonction symbolique multiple, celle de décrire le moment du repos et du délassement mais aussi celle d’une invitation au partage ; le porro y acquiert une sorte de rôle spirituel en concrétisant une communion  laïque des personnages par le moyen de la parole et de l’échange du vin.

                               Quelques investigations dans les représentations du porro permettent de cerner les utilisations de l'objet et les significations que les artistes lui attribuent.
En 1906, Matisse est séduit par ce qu'il perçoit d'exotique dans le porro et l'insére dans une méditation joyeuse. Miro, en 1917, en fait un outil symbolique chargé de significations politiques, alors que, à la même période, Déodat de Séverac est pris en photo buvant à la régalade avec un porro comme objet de ses choix régionalistes. Plus tard, J.-S. Pons dessine, vers 1956, le porro comme une interrogation formelle dans sa vision contemplative du monde.


( Voir plus loin la série de notices illustrées "Le porro de…").
             

                                 A l’opposé de la richesse  des tableaux de Benlliure, de Matisse et de Miro, un peintre perpignanais,  Louis Delfau (Olette 1871 – Perpignan 1937) peint vers 1920 « La Cargolade », conservée à la Casa Pairal, qui se présente comme un tableau surchargé de notations iconographiques à seules valeurs pittoresques, véritable résumé descriptif du répertoire folkloriste dans lequel, dorénavant, le porro va tenir une place de choix.


                  Commence alors une nouvelle fonction pour le porro, celle d’un marqueur de l’identité catalane :  la photo du musicien Déodat de Séverac, prise avant 1921 ( voir plus loin la notice) témoigne d’une vision hédoniste du Roussillon dans laquelle le geste de boire à la régalade grâce au porro concentre l’essentiel du message et créé un  lieu commun, le buveur de vin au porro, comme l' illustre la statuette, réalisée en majolique vers 1950, faisant partie de très nombreuses figurations du porro à but touristique.





                                      Après ces évocations rapides de la fortune du porro dans nos sociétés, nous mentionnerons son utilisation métaphorique, à l’époque de la transition démocratique en Espagne, dans un autre univers, assez inattendu. Une cigarette de cannabis maladroitement roulée a suggéré l’image du bec verseur du porro dont elle a pris le nom  au point de figurer dans des films humoristiques de cette époque-là comme « el porron ». Et en 1994, dans son film « La lune et le téton », le réalisateur Bigas Luna a recours à des porros d’où jaillissent des jets de lait, porros volants dans le rêve d’un enfant en mal d’affection maternelle. Ainsi, il ne manquait plus au porro que d’entrer dans l’univers onirique pour compléter sa trajectoire historique.

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POURRONS EN LANGUEDOC

par Madeleine Bertrand  ( 2017).

















































     

                Au terme de cette évocation de la production de pourrons en Languedoc, il 

convient de souligner l'extraordinaire saga familiale des ROBERT et des RIOLS

couvrant de manière ininterrompue presque un demi millenaire de tradition verrière

en MONTAGNE NOIRE.

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LE PORRO DE MATISSE


par Anne Carrère (2017).

                   Henri Matisse, « Vaisselle et fruits sur tapis rouge et noir », huile sur toile, 61cm x 73cm, signé en bas à gauche, Collioure, été 1906  (Saint-Petersbourg, Musée de l’Ermitage, collection Chtchoukine).



                                                         Les séjours consécutifs de Matisse à Collioure de 1904 à 1914, ont été ponctués par son voyage en Algérie en mai 1906 et par ses deux séjours au Maroc lors des hivers 1912 et 1913. Les influences de ces voyages s’invitent directement dans ce tableau en faisant dialoguer le métissage des cultures : le porro méditerranéen et le tapis avec poterie algériens apportent, par le traitement de la composition et la palette de couleurs, un caractère à la fois décoratif et méditatif au tableau.
                                                         L’étude stylistique souligne l’importance du traitement sans perspective, en aplat, qui produit dans l’oeil du spectateur une impression de lévitation des objets et instaure un jeu de déséquilibre et de basculement. Cependant on perçoit aussi la notion de ronde dans le placement des objets dans l’espace, présidée par le porro catalan qui trône à même le tapis dans une atmosphère feutrée telle que le préconisait Matisse.
                                                         Textures et matières, couleurs, empâtements, non perspective, art décoratif et mixité, danse...cet univers matissien met l’accent sur le bonheur simple que l’on peut retirer des objets qui nous entourent ; il nous donne à voir, par son génie de coloriste, la sensation du Bonheur de Vivre.


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LE PORRO DE MIRO


par Roger Barrié  (2017).
                                             
                                           Joan Miro (Barcelone, 1893 - Palma de Majorque, 1983) peint en avril 1917 le "Portait de Vicens Nubiela", tableau dit "Homme à la pipe" (Essen, Museum Folkwang), dans lequel un porro de type catalan occupe une position centrale qui n'est pas sans rappeler l'organisation des tableaux de Benlliure où figure un porro.
                       Dans une atmosphère dynamisée par les formes anguleuses issues du cubisme et par la gamme colorée empruntée au fauvisme, riche en nuances et juxtapositions, le porro constitue un contre-point de stabilité pour cette composition.

                                      Quant au contenu iconologique, il propose plusieurs significations. Le porro, objet populaire, peu remarqué par les critiques, symbolise ici les opinions catalanistes affichées par    V. Nubiela Cunill. Toujours dans le registre de l'évocation symbolique, la fleur en pot, construite et posée comme une  forme naturelle en réplique du porro, les fruits et les perspectives paysagères renvoient à son activité de professeur à l'Ecole d'agriculture de Barcelone et à son travail reconnu de paysagiste. De même, le rouge de la chemise évoque le radicalisme politique de cette forte personnalité.
                                      Par son statut social, le porro, ici chargé de fonctions artistiques, s'inscrit dans un système de significations esthétiques et idéologiques.

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LE PORRO DE DEODAT DE SEVERAC


par Roger Barrié  (2017).  
                                                  Le musicien  Déodat de Séverac ( Saint-Félix - Lauragais, 1872  -  Céret, 1921 ) se fit photographier en train de boire du vin à la régalade au moyen d'un porro à col droit et semble porter la baratine (photographie publiée dans la revue Septimanie  [1923 - 1944], signalée par Sébastien Frère) . Ce partisan de la modernité artistique et amoureux de l'authenticité des sentiments se choisit le Roussillon comme pays d'élection où il séjourna dès 1910 (Banyuls-sur-Mer); il se fixa à Céret et, vers 1918, à l'occasion de son affectation à l'hôpital de Prades, il fit la connaissance de J.-S. Pons qui résidait à Ille-sur-Têt.
  




                                       
L'usage du porro dans cette mise en scène régionaliste fondée sur le vin relève d'un rituel initiatique pour ce languedocien séduit par ses séjours hédonistes et ses amitiés chaleureuses en pays catalan. D'ailleurs, dans une lettre à son ami Jean Amade (Céret, 1912),  il écrivait " Le Roussillon est un pays bien-aimé des dieux" et faisait allusion au port de la baratine et aux pratiques musicales catalanes dont il s'inspira. Cependant, pour sincère que soit alors la volonté de Déodat de Séverac de s'intégrer  à la culture catalane par le recours symbolique au porro, la photographie crée un lieu commun, le buveur de vin au porro, qui deviendra une image folklorique  très banale.

Cf. PEUS Michel, "Déodat de Séverac, sa vie, son œuvre et son influence méridionale" dans Massana, t. IV, n° 3, 1972, pp. 4-96.


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LE PORRO DANS L UNIVERS de Joseph-Sébastien PONS 


par Marie Andréa - Susplugas 
avec la collaboration de Roger Barrié (2018).

                   L’écrivain J.-S. Pons (Ille-sur-Têt, 1886 – 1962) a pris le porro comme motif de quatre aquarelles dont l’une fut datée entre 1956 et 1960, par sa fille. En parallèle à son activité littéraire, Pons a pratiqué la technique de l’aquarelle régulièrement mais sans aucun projet d’exposition, tel un exercice intime recourant à un mode d’expression artistique autre que l’écriture. Cette activité inédite a produit de nombreux carnets qui, à sa mort, furent dépeçés selon des critères personnels : plusieurs centaines de feuillets détachés constituent alors des collections réparties à ce jour entre les héritiers.






                   Les quatre aquarelles au porro peuvent être groupées par deux en raison de leurs iconographies : deux présentent un porro roussillonnais (col droit et collerette, corps globulaire et long bec verseur) posé devant un paysage encadré, mis en abîme , le tout constituant une nature morte improvisée comme si Pons avait réuni, dans une mise en scène hâtive sur une table, le porro rempli d’eau dans lequel il mettait parfois une fleur, le cadre qui évoque peu-être un profil des Albères et une pierre comme celles qu’il disposait sur son bureau.
En revanche , les deux autres aquarelles montrent des objets in situ, posés à même l’étagère haute de sa bibliothèque dont un montant vertical arrondi apparaît à droite dans l’une d’elles ; le même porro que précédemment est accompagné de pots anciens, en céramique de Talavera de la Reina (province de Tolède), ramenés des voyages de l’hispaniste que fut Pons durant sa vie de professeur à l’université de Toulouse. Le statut du porro est plastique, décoratif, non utilitaire. Pourtant le poète aurait pu s’en servir au cours des nombreuses parties de campagne depuis les années 30, avec ses amis, avec Aristide Maillol, réunions hédonistes qui révèlent un art de vivre tourné vers l’échange artistique et la création (Cf. "A. Maillol, H. Frère, J.-S. Pons, Une Arcadie catalane", Musée d'art moderne, Céret, 2016). Quant à l’oeuvre littéraire de Pons, elle n’est guère plus prolixe sur le porro sauf quelques mentions poétiques d’un porro de grenache (1908), ou des remarques sur l’objet comme témoignage de « l’ingéniosité » de fabrication (1913) des catalans et de leurs habitudes comportementales (1923) –  [ remerciements à Miquela Valls pour ces références] . Le porro y demeure comme un marqueur ethnographique.

                    La composition des quatre aquarelles est organisée sur la position centrale du porro : il intrigue par ses formes abstraites en opposition aux autres objets, plus pittoresques ou artistiques que caresse le regard de l’écrivain. Le traitement stylistique de ces 4 œuvres indique une recherche entre un rendu descriptif, au réalisme presque amusé, et une stylisation vigoureuse; celle-ci est obtenue par  des hachures noires à la mine de plomb afin de faire surgir les ombres portées et aussi par le trait de peinture brun foncé dessinant une silhouette bien détachée comme dans le porro sur l’étagère, sans que l’on puisse dire laquelle de ces deux manières est antérieure ou postérieure à l’autre. A. Maillol, à qui Pons avait montré diverses aquarelles, avait compris que, au de-là de quelques maladresses d’exécution, la démarche personnelle du poète relevait d’une attention soutenue à la réalité du monde sensible :  "Vous avez l’oeil fin...l’accent de nature y est… " ( In Henri Frère, "Conversation de Maillol ", Genève, 1966, p. 189 ).

                   En fait, dans son univers poétique alimenté par un regard aimant sur la nature et les êtres, de type franciscain, l’aquarelle est un outil de la contemplation et initie un processus de méditation. Le porro par sa forme étrange, hors nature, y prend place en contrepoint. Alors que nous avions vu que chez Matisse, à Collioure en 1906, le porro est porteur d’exotisme (Voir Rencontres Verrières 2017), chez Pons, ce même porro sert de support à un questionnement esthétique entre, d’une part, la représentation savoureuse de la réalité, accompagnée de l’émotion qui en procède, et, d’autre part, l’abstraction des formes étranges de l’objet fabriqué en verre, si proche et si lointain du quotidien.


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LES "PORRONS" DANS LES APOTHICAIRERIES DE PERPIGNAN AU XVII° SIECLE

par Denis Fontaine , Arch. Dep. des P.-O.   (2018)



                                                   La découverte de mentions de porrons dans l’inventaire après décès de Miquel Garriga, apothicaire de Perpignan, daté de 1631 (Cf. documentation), nous a incité à approfondir la question de l'utilisation de ce type de récipient en verre comme contenant pharmaceutique au XVIIe siècle.

Documentation : Mention de" l'armoire des huiles", dans l'inventaire de la boutique de Miquel Garriga," pleine de bouteilles de porrons" dont "un porro avec 6 onces d'huile d'amandes douces"      (ADPO, 3E1/3952).

Cet usage est par ailleurs attesté en Catalogne du sud dès le Moyen Âge, comme en témoigne une pièce conservée au musée de l'abbaye de Poblet ( Voir Jaime Barrachina, Rencontres verrières de 2017).


                    L'historien Jean-Pierre Bénézet a montré combien ces inventaires de boutiques, dressés après le décès d'un apothicaire ou à l'occasion d'un contrat d'exploitation, étaient importants pour l'histoire de la pharmacie. L'officine apparaît comme divisée en trois espaces : le comptoir destiné à la vente, les étagères et les armoires pour le stockage et la présentation des produits, et l’arrière-boutique servant à la fois de réserve et d’atelier. Les produits (simples et médicaments composés) sont conservés dans des contenants différents : boîtes en bois de forme ronde ou carrée, pots en céramique, bouteilles et pots en verre. Le choix de la matière suit des règles de la pharmacopée pouvant remonter à l'Antiquité. Ainsi, selon les préceptes d'Hippocrate, les sucs et les matières liquides et coulantes sont conservées dans du verre. Certains contenants anciens sont visibles au Musée de Llivia (Cerdagne espagnole), tels que des boites en bois peint ou des pots en céramique émaillée bleus et blancs de type albarel; ce musée conserve également deux  étagères à cordiaux, ornées de décors baroques et attribuées aux sculpteurs Pau et Josep Sunyer. L'ensemble de ces pièces proviennent des pharmacies Esteve, de Llivia, et Martí, de Puigcerdà. A Saint-Lizier, dans le département de l'Ariège, l'Hôtel-Dieu possède encore une armoire à pharmacie, du XVIII° siècle dans laquelle figurent deux porros de verre       
 (Cf. Illustration).

                    L'analyse de quelques 20 inventaires de boutiques perpignanaises a montré que les contenants en verre servaient au conditionnement des huiles, des eaux distillées, des sirops, des poudres, des confits, des fruits secs, voire des biscuits. Ce sont différents types de bouteilles pour les matières liquides, et des pots pour les poudres et les autres produits solides ou élaborés, comme dans le cordialer de Llivia. Le porró est utilisé spécifiquement pour des huiles d'origine végétale (amande, rose, millepertuis, etc) ou animale (vers, cigales, renard), de même qu'un autre récipient appelé pom en catalan. La différence entre ces deux contenants n'a pu être établie. Il est d'ailleurs possible qu'il s'agisse de termes synonymes, mêmes s'ils ne sont jamais cités ensemble dans les documents. Les recherches en cours permettront, nous l'espérons, d'éclaircir ce dernier point et de préciser les caractériques de ces porrons du XVIIe siècle (formes, capacités) pour lesquels nous n'avons aucune représentation figurée. Étaient-ils par exemple comparables au douze «grandes bouteilles dites porrons » du contrat d’affermage de la verrerie de l’Avellanosa à Laroque-des-Albères, daté de 1673 ? La mention de porrons dans l'inventaire de la boutique de Miquel Garriga  en 1631 reste encore à ce jour la plus ancienne qui ait été trouvée.

Illustration : Armoire avec différents contenants en verre, dont deux porros, Hôtel-Dieu de Saint-Lizier, Ariège (cl. 2018 D.Fontaine).



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COMMENT FABRIQUE-T-ON UN PORRO ?


par François Brilliard, verrier  (2018).
 (cliché F.Brilliard)

Soufflage d'une bouteille dont le col peut être tordu, ou non.



Apport de verre en fusion sur la panse.



Formation d'un hublot en soufflant dans la bouteille.



Etirage du hublot en forme de corne.


Finition à chaud




Au lieu de souffler dans la bouteille pour tirer une corne, on peut aspirer : le hublot devient une poche.
Carafe avec poche à glace


Plusieurs verriers expérimentés  peuvent tirer simultanément plusieurs cornes pour confectionner un vase à parfum, l'almoratxa




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TERRITOIRES VERRIERS, PRODUCTIONS VERRIERES



Pour introduire la question, voir dans la rubrique Documentation, Etudes,
la mise au point exhaustive et raisonnée sur l'état de la recherche,
 Production et consommantion de verre en Roussillon et dans les régions avoisinnantes,
                                                     élaborée par Cécile AUNAY, Jordi MACH, Ines PACTAT en 2017.


Etudes  et  Monographies



LE VERRE : LES HOMMES, LA TECHNIQUE, LES OBJETS  ET L'IMAGINAIRE

par Roger Barrié   (2016) .



                                                               L'affiche réalisée par le Musée du verre de Peralada pour ces rencontres des 23 et 24 septembre 2016 porte comme titre "El vidre es el protagonista". En effet, nous sommes là pour l'interroger, formuler des problématiques et faire le point dans trois domaines de l'activité verrière.

LES HOMMES
                     Deux caractéristiques concernent les hommes qui travaillent dans les métiers du verre. D'abord la spécialisation fonctionnelle des diverses activités et même au sein de chaque métier. Le verrier avec ses divers aides et compagnons, praticiens de la fusion du verre, mais aussi les vitraillistes, véritables artistes peintres; les marchands de matériaux primaires ou secondaires; les commerçants de produits finis diffusés en  diverses boutiques ou par exportation. Denis Fontaine les a rencontrés dans les textes d'archives dès le Moyen Age.  L'autre caractéristique est la circulation des artistes et artisans dans l'Europe médiévale qui véhiculent ainsi les savoir-faire et des formes : un verrier d'Arras en Catalogne, les échanges entre celle-ci et le Languedoc ou la Provence, les italiens de Venise ou de Ligurie partout, jusqu'en Bretagne au XVII° siècle; cette circulation constante des artistes et artisans affecte d'ailleurs tous les métiers d'art tel un échange vivifiant et productif mais qui rend difficile parfois l'identification précise d'une production localisée comme le montre Miquel Angel Capella pour les Baléares.

LA TECHNIQUE
                     Cette question se décline en trois points précis :
-  les lieux du travail, les verreries sur le territoire dépendent de plusieurs facteurs matériels dont le plus récurrent est la fourniture de bois même si on rencontre dès le XIV° siècle des verreries en milieu suburbain; en fait, on constate comme cela a été montré (Cf. M. Camiade et D. Fontaine, "Verreries, verriers catalans", 2006) un véritable maillage du territoire; ce phénomène n'est pas rare avant l'ère industrielle, comme par exemple pour les moulins; ce qui est nouveau c'est de découvrir que cette activité, que l'on croyait anecdotique, concerne à date ancienne tout l'espace transfrontalier des Albères.
-  la fusion et le soufflage relèvent de savoirs techniques complexes et évolutifs comme l'indique l'apport de la salicorne pour améliorer la fusibilité de la matière; l'approche archéologique révèle les fours encore en place sur ce territoire et leurs fonctionnements techniques illustrés par l'exposé précis de Jordi Mach .
-  enfin les outils de ce travail : cannes, pontils, ciseaux perceptibles dans les déchets d'ateliers et surtout abondantes traces archéologiques de creusets et de briques vitrifiés par la chaleur du four.

LA PRODUCTION D'OBJETS
                          Le soufflage du verre creux (par opposition au vitrail qui est fait de verre plat) selon des modèles référents, traditionnels ou nouveaux, aboutit à des formes artistiques souvent très spécifiques d'un ensemble territorial comme en présente avec abondance le musée de Peralada, par exemple les cruches de mariage ou les extraordinaires almoratxas (vase à parfum)  des XVII et XVIII° siècles. 

                            On peut constater, ici comme ailleurs dans la production artistique, la permanence et l'évolution des formes même dans la longue durée : la lampe de sanctuaire du XV° siècle trouvée dans les fouilles du couvent des Dominicains à Perpignan est inspirée des lampes de mosquée fabriquées dès le X° siècle, elles-mêmes procédant de la lampe domestique de l'Antiquité. A chaque fois l'objet en verre, quotidien ou exceptionnel, renvoie, par sa forme et son usage, à une société et à ses choix esthétiques comme l'explique Ignasi Domenech à partir du matériel riche et homogène issu des fouilles du Born à Barcelone.

Enfin, il y a  un quatrième domaine à interroger, celui de la POETIQUE DU VERRE, poétique entendue comme un système de fabrication du beau et de l'émotion.
                                 Cette poétique est fondée sur le merveilleux de la lumière qui peut être considérée de deux manières : la lumière naturelle, statique, celle qu'on  voit traversant le verre et illuminant le vitrail; mais surtout la lumière provenant du feu telle que la produit la fusion, et qui, en dynamisant la matière,  réveille la chimie des couleurs. C'est cette poétique là qui est source de fascination dans le travail du verrier. Pour évoquer des forces telluriques, Arthur Rimbaud  ("Le Bateau ivre") recourt à cette poétique de la fusion  et des 

couleurs :

"J'ai révé la nuit verte aux neiges éblouies...
La circulation des sèves inouies
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs".
                                                  
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L'ACTIVITE VERRIERE EN ROUSSILLON A TRAVERS LES SOURCES ARCHIVISTIQUES DE 1261 à 1700

par Denis Fontaine  (2016).








































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 DONNEES ARCHEOLOGIQUES SUR LE VERRE CREUX   EN ROUSSILLON ( XII° - XVII° ).                                                                                                                                                                                                                   

 par Jordi Mach  (2016).  
























                                                                                    

















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ATELIERS VERRIERS EN ROUSSILLON DE 1300 à 1650

par Denis Fontaine et Jordi Mach  (2017).























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LE COMMERCE DU VERRE DANS L'ANTIQUITE AU REGARD DES DECOUVERTES DE PORT-VENDRES

par Danièle Foy


                          Voir l'article in extenso dans la rubrique Documentation, Etudes

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LE VERRE A LA TABLE DU CASTRUM - CHATEAU ROYAL DE COLLIOURE                     (V° - XVI° siècles)


   par Jordi MACH et Inès PACTAT
   Avec la collaboration d'Olivier Passarrius et Jérôme Bénézet

Le château de Collioure est installé sur une colline dominant la mer qui a vu se succéder diverses occupations humaines, depuis la fin de l'Âge du Fer, il y a plus de deux mille ans. Après un hiatus pour la période romaine, un castrum est installé sur la hauteur durant l'Antiquité tardive. Sur les ruines de cette première fortification, un village est aménagé au Moyen-Âge, autour d'un château dont le coeur actuel remonte à l'époque du royaume de Majorque (XIII° siècle). Il a été conservé malgré les réaménagements modernes, inspirés par la volonté de Vauban de transformer la place en citadelle bastionnée.

En lien avec des creusements liés à l'enfouissement de réseaux, des fouilles préventives ont été réalisées en 2016-2017 sur l'ensemble des zones non bâties du château. La place d'armes a ainsi livré de rares vestiges de la ville haute médiévale, installée sur les niveau d'habitat de la fin de l'Antiquité, très remaniés. Dans le sous-sol de la cour d'honneur, des structures bâties imposantes sont probablement en lien avec le castrumtardo-antique. Enfin, un sondage réalisé à l'angle sud-est de la place d'armes, devant l'entrée de la cour d'honneur, a permis de révéler le comblement du fossé médiéval du château, creusé probablement au XIVe siècle, et rempli de déchets domestiques (céramiques, verres, restes de repas, etc.) dans le courant des XVe-XVIe siècles.


Le verre en lien avec l'occupation tardo-antique du castrum est bien représenté sur le site, mais il est très fragmentaire. 146 objets en verre ont été identifiés par Inès Pactat. Les verres à tige creuse et pied refoulé, datés des VIe-VIIe siècles, sont les plus représentés (fig. 1). Les vases à bord coupé à froid du Ve siècle et les verres à tige pleine du VIIesiècle sont presque absents, on peut donc supposer que le castruma été essentiellement occupé entre la fin du Ve siècle et le milieu du VIIe siècle, en attendant l'étude de la céramique. La présence de petits blocs de verre brut témoigne de l'existence à Collioure, comme à Port-Vendres, d'un commerce du verre ultramarin.

Pour la période médiévale, l'arasement important de la place d'armes, lié aux aménagements postérieurs de l'époque moderne, n'a pas permis une bonne conservation des structures, et donc du mobilier en verre associé. Heureusement, le comblement du silo 1096, daté de la première moitié du XIVe siècle, a livré un petit lot de verre de grande qualité, typique de la vaisselle fine et incolore produite à cette époque. Les pièces les mieux conservées sont deux gobelets sans pied à décor moulé, l'un à pastilles en relief, l'autre à côtes et filet bleu cobalt rapporté sur la lèvre (fig. 2).


C'est le comblement du fossé du château qui est le plus intéressant au vu de la quantité et de la qualité des objets mis au jour. L'étude des 262 verres reconnaissables, réalisée avant celle de la céramique, et appuyée par la numismatique, a permis de proposer un regroupement des niveaux archéologiques déposés dans le fossé en six ensembles chronologiques, étalés entre le début du XIVe siècle et la fin du XVIe siècle. Pour le XVIe siècle, le verre est suffisamment abondant pour nous donner une bonne image de la place qu'il occupait à la table du château.

Les verres à boire sont bien représentés, et montrent l'évolution des formes entre la fin du XVe siècle, où dominent encore les gobelets sans pied, à décor de côtes moulées très saillantes, et le XVIesiècle, quand les verres à pied, souvent ornés de filets rapportés blanc opaque (lattimo), deviennent la norme (fig. 3). À la fin de ce siècle, les pieds s'élancent pour laisser apparaître les premiers verres à jambe balustre.
Pourtant, contrairement à d'autres sites de référence, les verres à boire ne dominent pas de façon écrasante les autres catégories fonctionnelles. Les verres de stockage et de service des liquides (fioles, bouteilles, burettes) sont également très bien représentés. Les fioles en verre fin, au goulot très souvent orné de côtes moulées et/ou de filets de lattimo, étaient sans doute utilisées à la table du château pour le service du vin (fig. 4). Mais c'est surtout la présence récurrente de quelques récipients de présentation et de service des aliments en verre de grande qualité qui surprend, et fait tout l'intérêt de cette collection. Les grandes coupes et plats en verre incolore, avec ou sans pied, de tradition vénitienne, voisinent avec des pièces plus colorées, coupelle à pied en verre bleu sarcelle ou assiette rouge opaque à bandes de lattimo(fig. 5). Beaucoup de ces pièces sont en effet très rarement, voire jamais attestées en contexte archéologique, et les seuls exemplaires de comparaison ont été préservés par les collectionneurs d'objets d'art (fig. 6).


L'étude du verre découvert dans le château de Collioure, encore en cours, permettra de compléter les connaissances sur le verre en usage en Roussillon entre la fin de l'Antiquité et le Moyen-Âge. Mais c'est surtout pour le début de la période moderne, avec les verres du XVIe siècle découverts dans le comblement du fossé, que son apport à la recherche sera déterminant, avec une collection qui fera référence pour l'ensemble du Midi de la France et de la Catalogne. 













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L'ATELIER DES SALINES AU COEUR DES HAUTES CORBIERES (AUDE), fin XVII° début XVIII° siècle

par Isabelle Commandré  (2019)

                    Voir l'article in extenso dans la rubrique Documentation, Etudes.

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LE VERRE CATALAN A LA FACON DE VENISE, production , commercialisation ?

par Jaime Barrachina

(Notes de la conférence présentée à la bibliothèque du château de Peralada le 22 septembre 2018)

Le verre à la façon de Venise en Catalogne : héritage ? Copie ? Invention catalane ?
l’utilisation du fil blanc appliqué dit laticini pourrait être antérieure à sa présence à Venise.
Ce serait une technique romaine disparue qui serait redécouverte en Catalogne au début du XV° s.
Examen de 3 sources :

1 – Monastère de Pedralbes (dans Barcelone)
objets prophylactiques trouvés dans la charpente : 2 vases en verre à laticini avec rebord mal fait : bois ; os de chat ; corail ; majolique avec écu non identifié
datation : tremblements de terre en 1420 et plusieurs après, jusqu’en 1448
donc objets datant d’avant 1420 ou d’après 1448.

2 – Chateau de Llinars del Vallès (prov de Barcelone)
détruit par le tremblement de terre de mai 1448 : tout est resté enfoui sur place, céramique et verre dont un bracelet avec fil blanc enroulé sur verre bleu (très rare).
Donc avant 1448

3 – Cuba : laticini dans la quincaillerie destinées aux Indiens (Cf. Barrachina, " Vidrio espanol en La Habana, s.XVI-XIX")
Castel de San Juan del Munt (Arenys de Mar ? Blanes ? Lloret?) : tessons avec godrons, avant le XVI°s.

Nous pensons qu’il s’agit en Catalogne d’une histoire parallèle à celle de Venise :
. dans le "Gusman d’Alfarache" ( Mateo Aleman 1599,1604) il est mentionné une caisse contenant du verre de Venise.
. 1632 visite du cardinal infant, frère de Philippe II, à l'importante verrerie de Mataro.


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LES VERRES DE MATARO

par J.A. Cerda Mellado

(Notes de la conférence prononcée dans la bibliothèque du château de Perada,  le 22 septembre 2018)

En travaillant sur la céramique dans les archives, il a trouvé des informations sur le verre : documentation sur 600 verriers de Mataro et autres centres de production


Aux XVI et XVII°s. c’est le centre le plus important de Catalogne avec de gros fours
- verre vermeil avec moceaux de borax au XV°s.
- verre a laticini XVI°s.
- fouilles pour le XVII°s.

Biographies
- origines : catalane, portugaise XVII°, de Gijon XIX°, Italie, beaucoup de français du Languedoc-Roussillon
- générations longues
- résidences : Barcelone et Mataro, commerçants aux XVI et XVII°
- métiers : de four, de lumière (llum=chalumeau) pour boutons, de gravure, de boutique

Production
- en 1450 à l’intérieur de Barcelone il n’y a plus qu’un seul verrier, puis il ferme . Mais le commerce demeure ; au XVII° il y a 16 vendeurs de pieces de verre fabriquées à l’extérieur
- Mataro (présence d’un bois derrière) il y a de nombreux fours et autour aussi ; moules à verre trouvés à San Cugat debut XVI°
debut du XVII° visite du vice-roi mais la production baisse à partir de 1640-50 guerre des secadors puis 1652 la peste
La production remonte au XVIII°s.

Typologie
tres commune sauf au centre de Mataro (ex :boutons de verre avec effigie royale,
coupes reconnaissables)
exportation de pièces vers Séville au XVII°s. comme on exporte de la céramique à Triana
1631 livraisons à la cour de Madrid, au légat du pape
exportations au Portugal pour envoi vers le Brésil.


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LALIQUE ET LA CATALOGNE

par J. Carreras


(Notes de la conférence présentée dans la bibliothèque du château de Peralada, 22 septembre 2018)


- Vers 1920  pièces vendues exclusivement chez les bijoutiers à Barcelone qui y ajoutent un ornement en argent pour respecter la législation.

- Voir la collection Riera
passage du modernisme à l’Art déco
pièces uniques créées à la cire perdue

-travaille pour Cotty, production industrielle

- Vers 1915 Marineau a produit à Barcelone des verres émaillés

- 1923 première publication sur Lalique
cf 1917 Expo d’Art français à Barcelone dont J.M. Sert est le commissaire
l’architecte de la Téléfonica possède des Lalique

-Voir le verrier catalan installé à Paris Jean Sala



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DES VERRIERS ITALIENS EN BRETAGNE APRES 1650, JAVARDAN EN FERCE

par Erwan Le Bris du Rest (2017)



Dans les années 1650, dans la forêt de Javardan, paroisse de Fercé (alors dans l’évêché de Rennes, aujourd’hui commune du département de Loire-Atlantique) se fixe une famille de verriers italiens, les Massar, qui succèdent alors aux Bormiole venus d’Altare, de Lyon puis du Croisic. L’une et l’autre familles sont originaires d’Altare, marquisat de Montferrat, en Ligurie. Les Altarais sont nombreux sur différents sites verriers de Haute-Bretagne (Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine), Bormioli/Bormiole, Saroldi/Sarode, Buzzone/Du Buisson, Greni, Racheti/Raquet, Pisani/Pisan. Dès 1588, nous trouvons Giovani Ferro/Jan Fer à Machecoul puis à Nantes où il fut l’associé de Gouarin Massar. Après un temps de migration pendulaire Altare/Bretagne/Altare, plusieurs membres de ces familles se fixent, mettant un terme aux migrations provisoires ; certains de leurs membres ont alors reçu la naturalité, d’autres ou eux-mêmes ont contracté des alliances matrimoniales. 


Des familles d’Altare en Ligurie


Les principales familles d’Altare, au nombre desquelles ont compte les Massari, familles systématiquement alliées entre elles, sont celles du verre ; ce sont elles qui y dominent  numériquement la communauté ; on peut donc parler, en cette fin du XVIe siècle, d’une communauté du verre (Corine Maitte1). A Javardan-Fercé au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle, partant d’une migration qui a réussi et est définitive, se reconstitue une communauté du verre. 

La verrerie passe des Bormiole aux Massar par mariage. Union des familles, conjugaison de leur savoir-faire. Dès 1656, les Bormiole puis les Massar ont affermé puis alloué au vicomte de Fercé  la forêt de Javardan. Un peu plus d’un siècle plus tard, en janvier 1764, leur descendant écuyer Jean-François de Massar, gentilhomme, maître de la verrerie de Javardan, chevalier seigneur de La Raimbaudière et d’autres lieux, allié à la noblesse locale parlementaire et d’épée, achète la vicomté de Fercé. Il décède en décembre 1764 en sa maison noble de Javardan. La verrerie passe à la famille Du Boispéan (une fille de Jean-François, et héritière de la vicomté, a épousé un Boispéan).


Une verrerie forestière, une économie rurale


La population intéressée par l’activité de Javardan ne se limite pas uniquement aux ouvriers du verre, mais peut s’étendre à d’autres professions rurales et toucher des habitants des paroisses environnantes, pour les charrois du sable, de salpêtre, de verre cassé, de paille, des produits verriers, pour l’entretien du massif forestier, pour la tenue de la demeure du maître de la verrerie. Outre les maîtres verriers et les ouvriers verriers, celui-ci met aussi à contribution ses métayers pour les travaux de la verrerie, des champs et les charrois, ses voisins propriétaires pour la fourniture en paille. La verrerie de Javardan, constitue une unité économique et est au centre d’un vaste ensemble rural. Les quelques feuillets d’un livre de raison qui nous sont parvenus ne nous permettent pas de préciser sur la durée l’aire d’influence de la verrerie, d’en préciser (si ce n’est sur une courte période, 1754-1762, livre de raison de Jean-François de Massar) les revenus liés à la production en gobeleterie, de préciser la localisation (à de rares exceptions) des fournisseurs et des clients et de ce fait des débouchés, d’estimer les recettes induites des échanges avec les clients, de connaître les dépenses auprès des fournisseurs y compris les propriétaires fonciers alentours, de préciser le coût de fonctionnement de l’entreprise, de la maisonnée. Jean-François de Massar laisse à sa mort une fortune estimée à 269 000 livres. Il meurt en sa maison noble de Javardan.


Les verres de Javardan


La production du verre «cristal», reconnu pour sa transparence, son éclat et sa résonnance,  fut une production de choix de la verrerie. En 1672, alors qu’est renouvelé pour la forêt de Javardan (300 hectares) le bail entre Olivier d’Apelvoisin, bailleur, vicomte de Fercé, et Virgile Massar/Massari, il est précisé que serait effectué un versement annuel d’objets en verre au nombre desquels figureraient quatre douzaines de verre en cristal. Le fermier s’engage à effectuer des coupes de bois sur une année atteignant un volume de près de 14 500 m3 ; le loyer est faible mais les affouages sont élevés, il est précisé que le bailleur exigeait en plus du bail et de l’affouage une redevance en nature des verres communs ou en cristal2.
En référence aux quelques feuillets du livre de raison de Jean-François de Massar, de 1754 à 1762, la verrerie a produit des pièces de «pinette», de «chambourin» (petit verre grossier de couleur verte), de «fougères» (verre à boire, léger, la cendre de fougère est utilisée dans sa fabrication – «verres verts de fougères»), des «caraffes à l’espagnole», des «gondoles» (long récipient à boire sans anse ni pied), des «bocou de matras» (verre au col étroit et long, tube ou ballon à long col – utilisé en alchimie puis chimie), des encriers, des «verres à cidre», des «verres fins», des «bouteilles à fond eau», des «colberdes», des «pommadiers», des «pretresses ou tasses noires», des «goblets», «une douzaine d’encrières»… Nous avons là un inventaire assez complet de la production de Javardan. En août 1754, la verrerie a servi quatorze clients. Le maître-verrier met aussi à contribution l’une de ses filles pour livrer, pour tenir et solder ses comptes. Affaire familiale mais aussi entreprise florissante. 


La halle


De la verrerie des Massar ne subsistent que quelques bâtiments profondément  perturbés par des aménagements postérieurs aux années 1990 : la halle, la salinerie, la maison du comptable ( ? - ou pavillon Saint-Hubert). En septembre 1754, le gentilhomme-maître verrier de Javardan, paye un journalier «pour quarante journées qu’il a fait à détremper de la terre à pots et refaire le four […]». La lecture du plan cadastral de 1824 laisse apparaître sur la façade nord de la halle une excroissance semi-circulaire cet avant corps abritant vraisemblablement l’ouverture de la cave à braises par laquelle les cendres étaient évacuées.  Le four était orienté nord/sud. Un témoignage de 18073 rapporte qu’y travaillaient 16 ouvriers soit 4 maîtres, 8 gamins, 3 tiseurs, 1 fondeur, soit quatre creusets de fusion, deux gamins par maîtres, trois tiseurs alimentant le four en bois, 1 fondeur s’occupant de l’entretien du four pendant la fusion qui ne pouvait être interrompue. 

En 1854, un incendie détruit la halle qui est reconstruite dès l’année suivante. En 1860, les ventes sont difficiles.  La verrerie cesse son activité en 1862



1 - Acte de baptême d’«Antoine César fils légitime d’escuyer François Virgile Massar maistre de la verrye de Javardan [et de] damoiselle Marguerite de Bormiole sa compagne demeurans dans ladite verrye[…]». Antoine Cesar naquit le 11 juillet 1676, il est baptisé le jour même, il est tenu sur les fonts baptismaux par «escuyer Jan Baptiste Greny oncle du baptisé». Le père de l’enfant, ainsi que son parrain (et la marraine «damoiselle René Langlé dame du Breil») signent l’acte : «Virgilio Masaro», «Sgr Jouani Batista Greni».
Arch. dép. de Loire-Atlantique-BMS (Baptêmes Mariages Sépultures) Fercé-1676



2 - Verreries établies en Haute-Bretagne au XVIIe siècle et plus particulièrement tenues par des Italiens venus d’Altare.
Source : Herbaut Claudie, Les verreries de haute-Bretagne du XVe siècle à 1934 (Loire-Atlantique et Ille-et-Vilaine), Association pour le développement de l’Inventaire général de la Région des Pays de Loire, 1990, dactylographié




3 - Département de Loire-Atlantique, commune de Fercé, Cadastre 1823, section C : la verrerie de Javardan. Trois bâtiments subsistent en 2017, la maison Saint-Hubert (au sud de la parcelle 137), la salinerie (numéro 143), la halle (numéro 132).
Conseil départemental de Loire-Atlantique. Archives départementales-Cadastre 1823-Commune de Fercé-Section C




4 - Javardan, la halle. Façade nord/pignon ouest, état en septembre 2017. Deux aérations en toiture étaient toujours visibles en 1990. L’avant corps semi-circulaire dessiné façade nord sur le plan cadastral de 1823 n’apparaît pas. De nombreux aménagements dans les années 1990 ont fait de cet édifice un lieu de réception.
Cl. ELBR, 2017 




5 - Javardan, la halle. Façade sud. Le corps de bâtiment s’appuyant sur la façade sud correspondrait aux arches de refroidissement des verres. L’édicule semi circulaire dans l’angle de ce bâtiment est un four à pain. 
Cl. ELBR, 2017 



6 - Creuset de fusion du verre. Ce creuset, ovale, aujourd’hui disparu, fut trouvé sur le site de la verrerie et photographié en 1990. Il avait été restauré à l’aide de ciment, ses parois tant à l’intérieur qu’à l’extérieur étaient vitrifiées. L’éclatement de ce creuset de fusion témoignent pour soit un arrêt brutal, voire accidentel, du four soit un choc.
H : 0,50m / L max : 0,70m
Source : Herbaut Claudie, cl. Service régional de l’Inventaire Pays de Loire, 1990




7 -Bougeoir. Verre blanc transparent. En inclusion dans la jambe une torsade en pate de verre tricolore, rose, bleu, blanc. Ce décor aurait-il été introduit à Javardan par les frères Jacques (décédé à Fercé en 1750) et Jean-Charles Perrot sieurs de Limonty, neveux (?) de Bernardo Perotto/Bernard Perrot, verrier orléanais. Les frères Perrot de Limonty viennent à Javardan de La Fay-aux-Loges, diocèse d’Orléans, verrerie installée en 1708 par des nièces de B. Perrot (elle ferme en 1754). Ce décor «à l’italienne» se retrouverait dans des œuvres de Bernard Perrot (né à Altare en 1640, décédé en 1709).
Collection particulière. Cl. ELBR, 2017 















COLLECTIONS



LES VERRES TRADITIONNELS DANS LES COLLECTIONS DE LA CASA PAIRAL à PERPIGNAN

par Cédrik BLANCH ( 2018)


(Cl. 2018 Casa Pairal)

Porros











Lampes  à huile dites provençales

Bougeoirs
Fioles et carafes

Huiliers et burettes






Bouteilles attrape-mouche
Coupe
Entonnoir
Ventouses
Cruches catalanes

Porte-huilier
Verres
Bouteilles de la Sainte Tombe (Arles-sur-Tech)
Divers contenants

Bouteilles et flacons à liqueur

Almoratxas




LE VERRE ESPAGNOL à L'ETRANGER  ou  HISTOIRE DU COLLECTIONNISM

par Ignacio DOMENECH


Notes de sa communication présentée dans la bibliothèque du château de PERALADA, le 22 septembre 2018

- fin du XVI°s. Le cardinal del Mante collectionne des verres italiens ( Florence) et espagnols
il fait faire bcp de gravures
les pièces de cette époque manièriste et baroque sont bizarres

- XVII° et XVIII°s.
Popularisation de la production de La Granja….
Les collectionneurs cherchent de grandes pièces

- XIX°s. Le collectionnisme reprend

. collection Charles Sauvageot, en France, 1860
2100 pièces dont 50 catalanes, pas de pièces industrielles

. collection Spitzer dispersée en 2001 mais catalogue imprimé et photographies
70 verreries catalanes

. collections par des peintres antiquaires
Félix Seade 1500 pièces italiennes, espagnoles, germaniques au Victoria and Albert / Londres
Juan ? le premier à identifier des pièces catalanes
Alex Neldit