UNIVERSITE POPULAIRE DU VERRE


Programme biannuel



2019

15 février - Le verre : réalisation, conditions techniques et savoir-faire
par François Brilliard, verrier.

22 février - Le verre antique
par Danièle Foy, directrice de recherche émérite au C.N.R.S.


1er mars - De Gallé à Lalique, le verre vers 1900
par Roger Barrié, conservateur général honoraire.

8 mars - Ateliers verriers et productions en Roussillon du XIV° au XVII° siècles
par Denis Fontaine, archiviste, et Jordi Mach, archéologue.


15 mars - Le verre dans les arts de la table au XVIII° siècle : représentations et usages
par Sandrine Krikorian, historienne de l’art, guide-conférencière.



2020

- Le verre médiéval par Jordi Mach

- Le vitrail par Roger Barrié

- Les manufactures en Europe aux XVII° et XVIII° siècle par Erwan Le Bris du Rest

- Les collections de verre publiques et privées

- La création contemporaine: Sars -Poterie, Carmaux ...




Séance de 1h30, le vendredi à 17h30
sur inscription
participation à la séance 2e
salle du Préau à Saint-André






RENCONTRES VERRIERES TRANSFRONTALIERES DES ALBERES  2018

Le porro dans l'univers de Joseph-Sébastien Pons                                                                                                par Marie Susplugas - Andréa 

                                                              avec la collaboration de Roger Barrié                                                      



          L’écrivain J.-S. Pons (Ille-sur-Têt, 1886 – 1962) a pris le porro comme motif de quatre aquarelles dont l’une fut datée entre 1956 et 1960, par sa fille. En parallèle à son activité littéraire, Pons a pratiqué la technique de l’aquarelle régulièrement mais sans aucun projet d’exposition, tel un exercice intime recourant à un mode d’expression artistique autre que l’écriture. Cette activité inédite a produit de nombreux carnets qui, à sa mort, furent dépeçés selon des critères personnels : plusieurs centaines de feuillets détachés constituent alors des collections réparties à ce jour entre les héritiers.

         Les quatre aquarelles au porro peuvent être groupées par deux en raison de leurs iconographies : deux présentent un porro roussillonnais (col droit et collerette, corps globulaire et long bec verseur) posé devant un paysage encadré, mis en abîme , le tout constituant une nature morte improvisée comme si Pons avait réuni, dans une mise en scène hâtive sur une table, le porro rempli d’eau dans lequel il mettait parfois une fleur, le cadre qui évoque peut-être un profil des Albères et une pierre comme celles qu’il disposait sur son bureau.
En revanche, les deux autres aquarelles montrent des objets in situ, posés à même l’étagère haute de sa bibliothèque dont un montant vertical arrondi apparaît à droite dans l’une d’elles; le même porro que précédemment est accompagné de pots anciens, en céramique de Talavera de la Reina (province de Tolède), ramenés des voyages de l’hispaniste que fut Pons durant sa vie de professeur à l’université de Toulouse. Le statut du porro est plastique, décoratif, non utilitaire.
Pourtant le poète aurait pu s’en servir au cours des nombreuses parties de campagne depuis les années 30, avec ses amis, avec Aristide Maillol, réunions hédonistes qui révèlent un art de vivre tourné vers l’échange artistique et la création [ Voir le catalogue de l'exposition "Maillol, Frère, Pons. Une Arcadie catalane", musée d'Art moderne de Céret, Somogy édition d'art, Paris, 2016].
 Quant à l’oeuvre littéraire de Pons, elle n’est guère plus prolixe sur le porro sauf quelques mentions poétiques d’un porro de grenache (1908), ou des remarques sur l’objet comme témoignage de « l’ingéniosité » de fabrication (1913) et du comportement catalans (1923) - [ Remerciements à Mme  M. Valls pour ces références] . Le porro y demeure comme un marqueur ethnographique.

         La composition des quatre aquarelles est organisée sur la position centrale du porro : il intrigue par ses formes abstraites en opposition aux autres objets, plus pittoresques ou artistiques que caresse le regard de l’écrivain. Le traitement stylistique de ces quatre œuvres indique une recherche entre un rendu descriptif, presque amusé, et une stylisation marquée par le recours à des hachures noires faites à la mine de plomb, pour faire surgir les ombres portées et par le trait de peinture brun foncé dessinant une vigoureuse silhouette comme dans le porro sur l’étagère, sans que l’on puisse dire laquelle de ces manières est antérieure ou postérieure à l’autre. A. Maillol, à qui Pons avait montré quelques aquarelles, avait compris que, au de-là de maladresses d’exécution, la démarche personnelle du poète relevait d’une attention soutenue à la réalité du monde sensible : "Vous avez l’oeil fin...l’accent de nature y est… " [ In Henri Frère, "Conversation de Maillol ", Genève, 1966, p. 189 ].

         En fait, dans son univers poétique alimenté par un regard aimant sur la nature et les êtres, de type franciscain, l’aquarelle est un outil de la contemplation et initie un processus de méditation. Le porro par sa forme étrange, hors nature, y prend place en contrepoint. Alors que nous avions vu que chez Matisse, à Collioure en 1906 [ Voir Rencontres verrières 2017], le porro est porteur d’exotisme, chez Pons, ce même porro sert de support à un questionnement esthétique entre, d’une part, la représentation savoureuse de la réalité, accompagnée de l’émotion qui en procède, et d’autre part, l’abstraction des formes étranges de l’objet fabriqué en verre, si proche et si lointain du quotidien.




Les "porrons"dans les apothicaireries de Perpignan au XVIIe siècle

par Denis Fontaine,

Archives départementales des Pyrénées-Orientales.

                   La découverte de mentions de porrons dans l’inventaire après décès de Miquel Garriga, apothicaire de Perpignan, daté de 1631, nous a incité à approfondir la question de l'utilisation de ce type de récipient en verre comme contenant pharmaceutique au XVIIe siècle. Cet usage est par ailleurs attesté en Catalogne du sud dès le Moyen Âge, comme en témoigne une pièce conservée au monastère de Poblet (Jaime Barrachina, Rencontres verrières de 2017).

                  L'historien Jean-Pierre Bénézet a montré combien ces inventaires de boutiques, dressés après le décès d'un apothicaire ou à l'occasion d'un contrat d'exploitation, étaient importants pour l'histoire de la pharmacie. L'officine apparaît comme divisée en trois espaces : le comptoir destiné à la vente, les étagères et les armoires pour le stockage et la présentation des produits, et l’arrière-boutique servant à la fois de réserve et d’atelier. Les produits (simples et médicaments composés) sont conservés dans des contenants différents : boîtes en bois de forme ronde ou carrée, pots en céramique, bouteilles et pots en verre. Le choix de la matière suit des règles de la pharmacopée pouvant remonter à l'Antiquité. Ainsi, selon les préceptes d'Hippocrate, les sucs et les matières liquides et coulantes sont conservées dans du verre. On peut admirer certains contenants anciens au Musée de Llivia (Cerdagne espagnole), tels que des boites en bois peint ou des pots en céramique émaillée bleus et blancs de type albarel. Ce musée conserve également deux beaux meubles, dits étagères à cordiaux, de style baroque et attribués aux sculpteurs Pau et Josep Sunyer; ces pièces proviennent des pharmacies Esteve, de Llivia, et Martí, de Puigcerdà.

                L'analyse de quelques 20 inventaires de boutiques perpignanaises a montré que les contenants en verre servaient au conditionnement des huiles, des eaux distillées, des sirops, des poudres, des confits, des fruits secs, voire des biscuits. Ce sont différents types de bouteilles pour les matières liquides, et des pots pour les poudres et les autres produits solides ou élaborés, comme dans le cordialer de Llivia. Le porró est utilisé spécifiquement pour des huiles d'origine végétale (amande, rose, millepertuis, etc) ou animale (vers, cigales, renard), de même qu'un autre récipient appelé pom en catalan. La différence entre ces deux contenants n'a pu être établie. Il est d'ailleurs possible qu'il s'agisse de termes synonymes, même s'ils ne sont jamais cités ensemble dans les documents. Les recherches en cours permettront, nous l'espérons, d'éclaircir ce dernier point et de préciser les caractériques de ces porrons du XVIIe siècle (formes, capacités) pour lesquels nous n'avons aucune représentation figurée. Étaient-ils, par exemple, comparables aux douze «grandes bouteilles dites porrons » du contrat d’affermage de la verrerie de l’Avellanosa à Laroque-des-Albères, daté de 1673 ? La mention de porrons dans l'inventaire de la boutique de Miquel Garriga (1631) reste encore à ce jour la plus ancienne qui ait été trouvée.

Illustration : armoire avec différentes pièces en verre, dont deux porrons, Hôtel-Dieu de Saint-Lizier (Ariège) - cl. 2018 D. Fontaine.







Comment fabrique-t-on un porro  ?                                                                                                                           par François Brilliard           (cl. 2018 F. Brilliard)

-  Soufflage d'une  bouteille; puis on peut tordre son col :





-  Apport d'une boule de verre en fusion :


-  Formation d'un hublot en soufflant dans la bouteille :


 - Tirage de la corne à partir du hublot :


-  Finition à chaud et achèvement :




 - Autre forme : si, au lieu de tirer la corne à partir du hublot très chaud, on aspire l'air dans la   bouteille,  le hublot forme une cavité. On obtient une carafe à poche pour la glace :



 - On peut tirer plusieurs cornes sur une même bouteille; l'opération nécessite plusieurs verriers qui ont du métier. On obtient l'almoraxa catalan, bouteille à parfums :




Verres traditionnels dans la collection de la Casa Pairal à Perpignan                                                         par Cédrik Blanch    

Les porrons. Huiliers et porte-huiliers. Carafes et bouteilles. Luminaires. Vases à parfum. Ustensiles à usages domestiques, culinaire ou médical. (cl. 2018-Casa Pairal)